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Quand équité et égalité ne veulent pas dire la même chose…

La réflexion dont je vais vous faire part aujourd'hui est partie de la problématique de la parité en entreprise. Les chiffres sont sans équivoque. Bien que les femmes soient présentes à plus de 50% dans les universités et qu'elles réussissent leurs études aussi bien que les hommes, une fuite des talents est ensuite constatée dans la vie active. Les femmes sont moins nombreuses que les hommes dans les niveaux supérieurs de la hiérarchie. Elles gagnent en moyenne 20% de moins que leurs congénères masculins. Elles sont quasi absentes des conseils d'administrations.

Deux solutions prédominent dans les discussions bien-pensantes : fonctionner au mérite ou donner plus de soutien aux femmes afin de les aider à briser certaines barrières sociétales. Selon moi, comme explicité dans ma thèse de doctorat, la différence provient essentiellement du point de vue adopté en termes de définition donnée à la justice. En effet, chacune des solutions proposées ci-dessus s'ancre dans une notion qui souhaite répondre de manière « juste » à un déséquilibre. Il existe dans nos sociétés deux types de justices qui sont souvent confondues mais qui ne reflètent pas du tout la même réalité : La justice équitable et la justice égalitaire.

La justice équitable se base sur un droit individuel où chaque individu a les mêmes possibilités - d'accès, d'avancement, de choix, etc. - que les autres, alors que la justice égalitaire prône un droit collectif où chaque groupe doit être considéré à l'identique malgré les différences présentes dans la réalité sociale et dans les représentations de ces groupes. Ces deux types de justice sont primordiales dans le contexte qui nous intéresse ici, puisque dans le domaine de l'emploi, ils définissent les possibilités d'engagements, mais également les promotions et les salaires. Le monde professionnel se base sur la norme d'équité, norme du mérite individuel. Or, cette norme individuelle ne permet pas de tenir compte des rapports de domination en lien avec les statuts des différents groupes sociaux. Les suisses et les immigrés, les travailleurs et les chômeurs, les femmes et les hommes, les parents et les non-parents, etc. n'ont pas le même statut dans la société.

Un exemple d'impact objectif lié à la différence entre équité et égalité, et typique à la Suisse, est la différence entre la Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP) et l'assurance-vieillesse et survivants (AVS). Ces deux types de « cotisations vieillesse », qui ont un même objectif - ne pas se retrouver sans ressources au moment de la retraite - ont un fonctionnement complètement différent. La LPP prend son fondement dans une justice équitable, puisqu'elle permet d'obtenir une rente proportionnelle au salaire de chaque individu, alors que l'AVS est basée sur une justice égalitaire, puisqu'elle favorise ceux qui ont moins pour leur donner les mêmes chances.

Il y a donc deux justices différentes. L'une est individuelle et tient compte des qualités personnelles, alors que l'autre est sociale et tient compte des spécificités lié à la réalité sociale et aux contraintes environnementales afin de rétablir un certain équilibre. En l'occurrence, c'est l'adhésion à un type de justice qui selon moi définit l'adhésion ou non à certaines mesures de discrimination positive à l'égard des femmes. En effet, si je perçois que seul le mérite individuel permet de définir l'avancement dans une carrière, je ne peux que m'opposer à des mesures qui se basent sur des critères liés à l'appartenance à un groupe. Alors que si je conçois que l'appartenance à un groupe a des impacts même sur la perception de mérite individuel, les mesures de discrimination positive peuvent me sembler parfaitement acceptables. Ainsi, les avis quant à ce qui doit être fait pour pallier les différences qui apparaissent entre les femmes et les hommes aux sortir de l'université sont selon moi directement lié à la notion de justice, qu'elle soit équitable ou égalitaire. Dès lors, comment dire que a tort et qui a raison ?

Selon moi, ces deux justices existent et ne peuvent être considérées comme mutuellement exclusives. Il est nécessaire de concevoir une justice "globale" comme étant la prise en compte de l'équité et de l'égalité. Seule leur cohabitation peut amener à une véritable parité, incluant aussi bien le mérite que le groupe d'appartenance.

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Quelques lectures:

Staerklé C., Delay C., Gianettoni L., Roux P. (2007). Qui a droit à quoi ? Représentations et légitimation de l'ordre social. Grenoble: Presses Universitaires de Grenoble.

Azzi, A. E. et Klein, O. (2002). Psychologie Sociale et Relations Intergroupes. Dunod.

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